16e Biennale de la Danse – le bilan

En clôture de la Biennale 2014, Dominique Hervieu a présenté un bilan qui dessine l’image d’une manifestation tirant son énergie d’une volonté d’aller de l’avant, malgré les difficultés économiques. Dix-sept premières mondiales, après seize en 2012, et huit première françaises au lieu de trois ! La Biennale peut avoir mal au pied (financièrement), elle en court d’autant plus vite. Cette fuite en avant se reflète aussi dans le nombre de représentations, qui passe de 176 à 194.

Le budget 2014 était en baisse de plus d’un demi-million d’euros, à 7.4 millions ! Encore heureux que l’État ait comblé la baisse de la contribution de la Région. La baisse vient des postes « Droit d’entrées et partenariats culturels » et des « Partenariats privés ». La crise, tout de même… Le sponsoring a tendance à se tourner vers le social, on le sait. Pourtant, la Biennale de Lyon est d’importance capitale pour l’agglomération entière. Avec 178 rendez-vous ouverts au public autour des spectacles programmés (« Fabrique de l’amateur » et « Fabrique du regard ») c’est un repère au quotidien. Presque neuf mille personnes ont pratiqué la danse en amateur, et autant sont allés aux rencontres, résidences ouvertes ou ateliers, un plus après le lancement en 2012 (5.300 participants). Même le nombre de participants au Défilé a augmenté de 4.500 à 5.000.

La Samba Tarentelle 2014 © Stéphane RAMBAUD

La Samba Tarentelle 2014 © Stéphane RAMBAUD

Avec plus de 100.000 spectateurs, le public a été aussi présent qu’en 2012. Dominique Hervieu et la Directrice générale de La  Biennale de Lyon, Sylvie Burgat se réjouissent: « L’appétit de culture est tout aussi grand ! » Ce qui ne permet pas de dire que la crise n’a eu aucun effet sur la fréquentation. Le nombre de spectateurs en salle est en baisse, de 6.000 environ, à 82.500, alors que le nombre de représentations était en hausse, de 167 à 194. Mais il faut tenir compte des jauges. Si elles sont plus petites, le nombre de places baisse, mécaniquement. Et les bilans affichent des recettes de billetterie à l’identique: 1.250.000 €, en 2012 comme en 2014. Ce qui compte, et rien d’autre, est le taux de fréquentation, par rapport aux nombre de places proposées.

La fierté de cette édition se lit donc dans un chiffre-clé mis en exergue : « 93% : nouveau record pour le taux de fréquentation ». En 2012 pourtant, le même document annonçait un taux de fréquentation record « en salle » (!) de 94%.

Dans tous les cas, un taux de fréquentation au-delà des 90% est difficile à surpasser si on veut maintenir une vraie diversité des esthétiques et des formats dans la programmation, si on veut introduire des artistes et des styles à découvrir, si on veut du renouvellement et une manifestation en éveil…

Face aux contraintes budgétaires, Dominique Hervieu et son équipe ont été obligés d’être aussi créatifs que les artistes. D’une part, la réduction des dépenses. Les artistes sont logés dans des demeures plus modestes et acceptent. « Même ceux de Forsythe », souligne Hervieu. L’équipe a expliqué la situation aux artistes et a également réduit d’autres petites dépenses. Mais Hervieu prévient: « Impossible de resserrer plus! »

Il y a aussi la réduction des formats. On passe de 43 à 45 spectacles, mais le nombre d‘artistes invités a été réduit de 825 à 646! Et pourtant on a pu voir de grandes et belles distributions affichant un esprit de collectif, de la compagnie Accrorap/Kader Attou), Tania Carvalho ou XY, par exemple… Les artistes de la Biennale ne sont pas guettés par la sol(o)itude.

Le grand écart de la Biennale de la Danse et son axe de développement est aussi géographique. Lyon, même dans son agglomération, est bien trop petit face à cet appétit de coproductions et de créations mondiales. Le budget de coproduction a augmenté de 10%, après +37% en 2012. D’Annemasse à Valence, de Saint-Étienne à Sallanches, La Fabrique des Œuvres tisse sa toile en Rhône-Alpes.

Cette décentralisation est, selon Dominique Hervieu, faite pour durer et bien plus solide que d’autres coopérations régionales qui n’ont pas duré: « Nous avons des partenaires directement impliqués dans la coproduction et une volonté politique forte dans la région. » Et au-delà, grâce à des partenariats avec la MAC de Créteil et le festival Torinodanza de Turin, avec un échange de spectacles et surtout de 400 citoyens de part et d’autres formant des groupes pour les défilés des deux festivals.

Fédérer toujours plus d’énergies, voilà la mission de Dominique Hervieu pour résoudre la quadrature du cercle: Faire avancer la Biennale, tout en se serrant la ceinture. Le grand écart ne fait que commencer, et le fait que la Biennale regarde du côté du cirque (« un certain cirque, un cirque chorégraphique ») reflète aussi cette nécessité pour les organisateurs de réussir de plus en plus de prouesses et d’actes d’équilibrisme.

Thomas Hahn

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