« Le Manteau » d’Irène Tassembedo

Le Manteau rend hommage à une « Mama Africa, rouge de rage et de colère… », à l’énergie et l’humanité d’un continent qui ne se laisse pas décourager. La danse incarne, mieux que toute autre forme d’expression, cette volonté de survie, jusqu’à une explosion de colère qui clôt cette pièce à la vitalité savamment orchestrée.

Pour cette œuvre très engagée dans tous les sens du terme, Irène Tassembedo travaille sur la danse africaine comme Mats Ek revisite le ballet. Chaque geste est l’expression directe d’une pensée émotionnelle, immédiatement intelligible, concrète et poétique à la fois, sobre, authentique, dramatique et envolée, comme portée par l’harmattan.

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Rarement les aspects politiques et artistiques ont scellé une alliance aussi organique. Dans Le Manteau de Gogol, le héros meurt de froid parce qu’on lui dérobe son pardessus pour lequel il s’était ruiné. Mais son trépas est également dû aux rapports de pouvoir qui, sous les cieux africains, ne sont pas moins meurtriers. La nouvelle publiée en 1843 est aussi une histoire de révolte contre le sort infligé.

Avec ses tableaux qui rappellent la migration, la violence ou les épreuves à traverser par les femmes, avec son rappel de faits statistiques concernant les faibles dépenses pour la santé, l’exode des médecins vers les pays riches, le sida, la guerre etc., en épinglant les attitudes occidentales vis-à-vis du continent, Le Manteau est un manifeste dansé, mais aussi un manifeste chorégraphique.

Cette pièce pourrait faire école. Car Irène Tassembedo montre ce qu’est une danse africaine actuelle qui intègre la pensée dramaturgique occidentale. Le Manteau s’appuie sur le vocabulaire traditionnel (ou « patrimonial », pour parler avec Germaine Acogny) pour lui appliquer un traitement fait de distorsions rythmiques et spatiales. Accompagnés d’une musique qui prend les mêmes libertés, les danseurs deviennent les interprètes à part entière d’une partition variée et imprévisible.

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« Le manteau » @ Francis Garche

Ces danseurs hors pair et hors norme, issus de l’Ecole de Danse Irène Tassembedo (EDIT) à Ouagadougou, agissent dans une complicité profonde avec la recherche de Tassembedo sur le corps, le geste et le tempo.

Leur individualité crève les yeux, d’autant plus que la puissance physique de certains est reprise, en creux, par les croisements de jambes très circassiennes et carrément hallucinantes de Souleymane Démé qui n’est autre que le héros du film Grigri de Mahamat Saleh Haroun, nominé à Cannes en 2014 !

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Irène Tassembedo, « Le manteau » @ Francis Garche

Il s’agit bien de ce même acteur qui a dansé, à sa façon très spéciale, sur le tapis rouge devant le Palais des festivals, après avoir été retenu à l’aéroport de Bruxelles par des policiers drôlement zélés, alors que tous ses papiers étaient évidemment en règle. Mais qu’on se rassure, le racisme institutionnel qui cède au populisme croissant n’est pas l’apanage des Belges. La France a même quelques longueurs d’avance, car à Roissy-CDG on ne se gêne pas de neutraliser même des officiels ministériels de pays du continent dit « noir ».

À Château-Thierry, à L’Échangeur, c’est tout le contraire. L’artiste y est reçu comme un ambassadeur, pas comme un étranger. La représentation au festival C’est comme ça ! fut exceptionnelle.

 https://dansercanalhistorique.com/2014/10/27/cest-comme-ca-a-lechangeur-en-picardie/

Elle était suivie de la remise de la médaille de l’Assemblée nationale, en la présence de l’ambassadeur du Burkina Faso, qui prit spontanément la parole. Et si c’était pour ne pas dire grand-chose, cet exercice est le propre des diplomates. Après tout, qu’y avait-il à ajouter, après un spectacle tellement parlant ?

Thomas Hahn

Château-Thierry, festival C’est comme ça, CDC L’Échangeur le 18 octobre 2014

Chorégraphe : Irène Tassembédo (Burkina Faso)
Danseurs : Souleymane Démé (Burkina Faso), Ida Faho (Burkina Faso), Aly Karembé (Mali), Wanjiru Kamuyu (USA / Kenya / France), Serges Somé (Burkina Faso), Florent Nikiema (Burkina Faso)

Musiciens : Boubacar Djiga (Burkina Faso), Dramane Dembelé (Burkina Faso / France), Roland Ouedraogo (Burkina Faso)

En tournée :

Le 30 octobre à Toulouse, Auditorium St Pierre des Cuisines Festival Danses et continents noirs

www.danses-et-continents-noirs.com

Le 4 novembre à Paris, Théâtre de la Tempête – www.la-tempete.fr

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