Kader Belarbi 2e partie

Deuxième partie : Sa vision du ballet du Capitole

Dans cette seconde partie de notre entretien exclusif, Kader Belarbi explique sa vision pour le Ballet du Capitole au sujet du répertoire, des danseurs, du public et des autres acteurs culturels locaux. Et il annonce sa prochaine création : Giselle !

Danser Canal Historique : Vous venez d’ouvrir votre troisième saison à Toulouse avec Serge Lifar et Roland Petit. Que représente ce retour aux années 1940 dans votre projet pour la compagnie?

Kader Belarbi : Cette saison relève d’un aspect muséal, pour créer un ancrage qui permettra de tendre vers l’avenir. Nous construisons un répertoire qui n’existait pas ici. Il n’y avait ni Lifar, ni Petit.

"Les Forains" @ Francette Levieux

« Les Forains » @ Francette Levieux

 

DCH : Ces deux pièces, Les Mirages et Les Forains, sont-elles destinées à être données tel un diptyque ? On pourrait les combiner avec une pièce contemporaine: Le public vient parce qu’il veut voir un classique et découvre que finalement, il préfère le contemporain.

Kader Belarbi : Tout à fait. L’objectif se situe là. Pour l’instant, je m’arrange pour  faire des soirées « thématiques » avec un lien évident,  ici la musique d’Henri Sauguet et la proximité temporelle des deux créations, de 1945 et 1947. Je voudrais créer, avec toutes les pièces au répertoire, une sorte de jeu d’échecs et finalement pouvoir composer des programmes mélangés. Mais il est encore trop tôt. Et comme il faut aussi doter la compagnie de relectures des très grands ballets, je peux déjà vous dire qu’en octobre 2015 nous allons donner une recréation de Giselle. La relecture va surtout concerner le premier acte. On peut moins toucher au second.

 

Alexander Akulov (Le Clown) dans 'Les Forains" @ Francette Levieux

Alexander Akulov (Le Clown) dans ‘Les Forains » @ Francette Levieux

 

DCH : À votre arrivée au Capitole, vous parliez pourtant de rencontres avec la danse contemporaine, ou même avec le cirque actuel.

Kader Belarbi : En effet, l’ancrage patrimonial est contrebalancé par une ouverture. Par exemple, Mauro Bigonzetti va transmettre son ballet Cantata pour terminer la saison de façon festive. Mais ce n’est pas suffisant. L’idée est de partir dans des directions plus contemporaines, plus décalées, plus rock’n’roll. Si cette saison est plutôt néoclassique, les suivantes devraient aller un peu plus loin. Mais nous avons déjà conclu la saison dernière avec Valser de Catherine Berbessou, un spectacle complètement inattendu pour ce public, dansé dans la terre, basé sur le tango. Un vrai goût d’ailleurs, un spectacle qui a vraiment marché et qui, depuis, est très demandé en tournée. Je peux donc introduire cette facette dans ma programmation, mais de façon mesurée.

 

Artyom Maksakov (Le Prestidigitateur) et Beatrice Carbone (La Belle Endormie) dans "Les Forains" @ Francette Levieux

Artyom Maksakov (Le Prestidigitateur) et Beatrice Carbone (La Belle Endormie) dans « Les Forains » @ Francette Levieux

 

DCH : Valser de Berbessou et Cantata de Bigonzetti sont des pièces ancrées dans les traditions populaires. Est-ce votre voie par rapport au contemporain ?

Kader Belarbi : J’ai déjà lancé des commandes pour la saison 17/18, mais il est encore trop tôt pour en parler. Je connais de nombreux jeunes chorégraphes que je souhaiterais inviter pour des créations, mais je suis obligé de les remettre à plus tard. Notamment à cause du public, car je dois résoudre une équation entre un public plutôt conservateur, tout en évitant que les danseurs perdent leur ancrage académique. Mon projet demande de la patience, car si je vais vers le contemporain sans avoir posé les bases, nous perdons nos moyens techniques, artistiques et esthétiques. Nous ne risquerions de ne plus pouvoir monter des programmes comme ce Lifar/Petit. Une compagnie de ballet doit aussi se donner une identité, et donc avoir au répertoire quelques pièces inédites et en même temps de grands noms. Mais il me manque encore deux ou trois danseuses dans le Corps de ballet, pour pouvoir monter certains grands classiques. Mes espoirs se portent aussi sur le sponsoring, qui ne s’est pas encore fait remarquer à Toulouse.

 

rtyom Maksakov (Le Prestidigitateur), Beatrice Carbone (La Belle Endormie) et Jérémy Leydier (L'Acrobate) dans "Les Forains" @ Francette Levieux

rtyom Maksakov (Le Prestidigitateur), Beatrice Carbone (La Belle Endormie) et Jérémy Leydier (L’Acrobate) dans « Les Forains » @ Francette Levieux

 

DCH: Est-ce très délicat de négocier le standing du ballet à l’intérieur du Théâtre du Capitole dont l’orchestre et l’opéra sont déjà des références, même à l’international?

Kader Belarbi : Nous avons la chance, à Toulouse, que le ballet reçoive un soutien fort de a part de son directeur général, Frédéric Chambert. L’opéra et l’orchestre marchent très, très bien et sont très demandés en tournée. Et si nous développons les tournées du ballet – nous sommes en train de travailler sur une tournée au Brésil – c’est aussi pour augmenter la popularité de la compagnie à Toulouse grâce à son rayonnement international, et peut-être avoir accès au sponsoring. Il y a toujours des choses que je voudrais faire et pour lesquelles il est encore trop tôt. Il faut que je finisse la construction d’un répertoire solide pour ensuite devenir un peu plus rock’n’roll. Bien sûr, la crise économique est également un facteur qui proscrit une programmation plus expérimentale et je suis obligé de tenir compte d’impératifs qui viennent de la part de l’orchestre ou des techniciens.

 

Lauren-Kennedy (La-Belle Endormie) et Shizen Kazama (Le-Clown) dns "Les Forains" @ Francette Levieux

Lauren-Kennedy (La-Belle Endormie) et Shizen Kazama (Le-Clown) dns « Les Forains » @ Francette Levieux

 

DCH : Depuis votre prise de fonctions, il y a eu un renouvellement important de la compagnie. Quel est le lien entre la reconstruction de la troupe et le répertoire ?

Kader Belarbi : La troupe est encore en construction. Il y a un noyau fidèle, ce qui est très important pour la bonne compréhension du projet à travers les moyens techniques des danseurs. Tout ce que je fais, je le fais en relation et en correspondance avec les danseurs. Je dois tenir compte de leurs capacités, mais je les incite toujours à se dépasser. Il faut les faire avancer, sans aller dans un extrême. Ce que j’aime beaucoup c’est qu’il y a quatorze nationalités dans la troupe, avec leurs mentalités et leurs goûts différents, que je dois faire converger pour chaque production. Je suis touché par cette richesse et cette mixité et je veux amener les danseurs vers une unité. On a pu voir, avec Les Mirages et Les Forains, qu’il y a une tenue et une unité dans deux styles différents, une vraie troupe. C’est notre chemin de vérité. Quand ce sera totalement acquis, sur toute une saison, je pourrai m’aventurer avec eux, vers d’autres horizons chorégraphiques,  j’en suis sûr. Je suis peintre amateur et je sais que pour faire de bons mélanges, il ne faut pas tout brouiller.

 

Melissa Abel et Vanessa-Dirven- (Les-2-Siamoises) dans "Les Forains" @ Francette Levieux

Melissa Abel et Vanessa-Dirven- (Les-2-Siamoises) dans « Les Forains » @ Francette Levieux

 

DCH : Vous avez mentionné un public plutôt conservateur comme paramètre. Comment cherchez-vous à le fidéliser?

Kader Belarbi : Je suis à l’écoute de mes confrères qui m’ont expliqué qu’il faut en moyenne sept saisons pour terminer ce processus. Pour le moment, c’est encore imprévisible. En ce début de saison, il y a un « tassement » du public. À Toulouse on constate une baisse qui se situe entre dix et vingt pour cent en moins de spectateurs, dans toutes les salles. Et je suis toujours à la recherche de la formule de la venue ou de la non-venue du public. Que je programme du classique ou du néo-classique, ils viennent ou ne viennent pas, et pour une poussée contemporaine quand nous dansons Catherine Berbessou ou Inbal Pinto, le résultat est le même.

 

Taisha Barton-Rowledge : Visions d'art (Loïe Fuiller) dans "Les Forains" @ Francette Levieux

Taisha Barton-Rowledge : Visions d’art (Loïe Fuiller) dans « Les Forains » @ Francette Levieux

 

DCH : Au jour où nous parlons, vous vous préparez pour partir en tournée en Chine.

Kader Belarbi : Les directeurs de festivals, en France et à l’international, s’intéressent de plus en plus à notre troupe. Nous partons en Chine, en Italie, en Espagne, au Liban, à la Maison de la Danse de Lyon, et nous nous produisons dans notre région, ce qui est une de nos missions.

 

Photos de Francette Levieux Les Mirages avec : Avetik Karapetyan (Le Jeune Homme) et Maria Gutierrez (L’Ombre) Caroline Betancourt (La Chimère) Avetik Karapetyan (Le Jeune Homme) et Beatrice Carbone (La Femme)

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DCH: Il s’agit aussi de promouvoir la danse dans son ensemble. L’arrêt du projet de la Cité de la danse montre bien que le monde de la danse n’est pas assez uni, pas assez fort. Et pourtant je vous ai vu discuter avec Annie Bozzini, la directrice du CDC.

Kader Belarbi : Je pense que le Ballet du Capitole a quelque chose à échanger avec les autres acteurs locaux. Ici, dans la région Midi-Pyrénées, les choses sont trop localisées. Il n’y a pas assez de passerelles entre les uns et les autres. De plus, Maguy Marin est repartie… J’ai un projet en cours avec deux acteurs locaux de la danse contemporaine et j’ai beaucoup discuté avec Annie Bozzini qui a initié le projet de la Cité de la danse). Quand je suis arrivé à Toulouse, le projet était en cours depuis longtemps et il est aujourd’hui reporté. Il est capital que la danse contemporaine puisse disposer d’un lieu. Il faut que la trentaine d’acteurs culturels de la région puissent disposer d’un véritable ancrage pour pouvoir émettre quelque chose au-delà de la région. Et il nous faut aller chercher à l’extérieur, pour que la notion de culture soit partagée. C’est pourquoi j’ai des projets avec d’autres acteurs de la vie culturelle, par exemple certains musées toulousains, dans l’idée de sortir des voies trop attendues. Nous verrons avec le temps…

 

Propos recueillis par Thomas Hahn

 

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