Kitsou Dubois au festival Instances

Au festival Instances à Chalon-sur-Saône, Kitsou Dubois crée Attractions plurielles pour deux circassiennes et un musicien. Il s’agit d’interroger, de manière inédite, le corps en apesanteur. Le corps ? Le corps à corps !

 

"Attractions plurielles" @ ArtComArt DR

« Attractions plurielles » @ ArtComArt DR

Danser Canal Historique: Vous préparez ici un duo qui se jouera dans un cadre aérien comme on les connaît au cirque.

Kitsou Dubois : Pauline Barboux et Jeanne Ragu, deux jeunes circassiennes sorties de l’Académie Fratellini il y a deux ans, pratiquent le cadre aérien et travaillent en duo depuis longtemps. Je voulais partir de mes expériences en apesanteur pour les confronter à un corps à corps. Je les amène dans un état d’attraction qui part de la danse. Certes il y a la suspension ainsi que la fameuse puissance musculaire des circassiens, mais nous allons vers un état de fluidité dans la fragilité de la prise de risque. À travers les expériences accumulées dans nos labos, elles ont acquis une intensité et une maturité étonnantes en très peu de temps.

 

DCH : Que s’est-il passé dans vos laboratoires de recherche?

Kitsou Dubois : Nous avons commencé par les plonger dans l’eau, pour créer une petite chorégraphie. Nous les avons filmées par en-dessous, par au-dessus, au ralenti en accéléré etc., pour qu’elles prennent conscience autrement de ce qu’elles font. Après cette période de recherche nous avons commencé l’écriture de leur duo. Au printemps prochain auront lieu les vols hyperboliques pour plonger le duo dans l’apesanteur réelle.

DCH : Quelles sont les questions posées dans Attractions plurielles?

Kitsou Dubois : La pièce est une recherche sur le contact, sur les corps qui s’aimantent, qui s’attirent ou se rejettent. Qu’est-ce qui se passe quand on est complètement relié à l’autre, si on est soudainement plongée dans l’eau et qu’à chaque fois que les corps se touchent, il y a répulsion ? Quelles solutions trouve-t-on, que va-t-on chercher à l’intérieur de soi ? À chaque proposition de l’une, l’autre est forcément en état de réaction. Ça dévoile beaucoup sur la relation entre deux personnes. Que signifie s’appuyer sur l’autre, qu’est-ce qu’on raconte par-là ? Nous sommes passées de la gémellité à un état de douceur, au frôlement etc. Elles commencent donc dans un état de siamoises où elles tentent de se décoller l’une de l’autre, pour finalement monter sur leurs cordes où elles trouveront un autre état gravitaire, d’autres contraintes et d’autres libertés. On est vraiment dans le paradoxe, puisque ce spectacle parle constamment de l’opposition entre la contrainte et la liberté.

kitsou

« Attractions plurielles » en répétition

DCH : Comment traitez-vous l’espace, la mise en scène, le son…?

Kitsou Dubois : Pauline et Jeanne sont accompagnées par un musicien, Cyril Hernandez, qui fabrique sa musique en direct tout en suivant les déplacements du duo aérien. Et nous projetons les images filmées sous l’eau sur des écrans mobiles. Ce sont des gros plans qui permettent de faire un focus sur des parties du corps et les écrans ne captent qu’une partie de l’image. Mais avant le début, le public passe par une œuvre plastique gonflable et mouvante, où l’air et l’eau font corps commun puisque les vidéos tournées dans l’eau sont projetées sur la surface. Nous jouons au Théâtre Piccolo que j’ai choisi pour son cadre très contenant, un vrai écrin qui permet d’être comme dans une bulle. L’histoire du lieu se frotte à notre modernité, mais en même temps, quand j’amène des artistes en état d’apesanteur, ça fait ressortir des archaïsmes et des choses fondamentales.

Reportage sur "Attractions plurielles" @ Cyril Entzman

Reportage sur « Attractions plurielles » @ Cyril Entzman

 

DCH : Le Théâtre Piccolo est un théâtre à l’italienne. Il va donc se créer une dimension féérique ?

Kitsou Dubois : Absolument, on touche à l’onirique, d’autant plus que les interprètes ne grimpent pas sur des cordes de cirque mais sur des guindes de théâtre, ce qui nous permet de sortir de la symbolique du cirque. Ces guindes sont noires. Sur fond noir, elles peuvent donc permettre de créer l’illusion que les filles volent vraiment. C’est superbe.

Vous travaillez sur le corps en apesanteur depuis plus de vingt ans. Vous arrive-t-il encore de changer de regard sur cet état ?

Kitsou Dubois : Chaque projet de création porte sur une nouvelle approche gestuelle et une autre manière d’aborder l’image. C’est vraiment la première fois que je mène une recherche sur le corps à corps, qui devient très compliqué en apesanteur puisque à chaque fois qu’on se rapproche on est repoussé. Par la question du contact en modulation gravitationnelle, nous voulons amener le public à poser un autre regard sur la rencontre. La question de l’apesanteur crée plein de paradoxes et se joue sur beaucoup de terrains. Le corps à corps est un terrain nouveau et pose pleins de questions, par exemple aussi en termes de sécurité, quand il faut éviter de perdre le contact. Ça devient très compliqué, mais d’une autre façon que dans ma chorégraphie que j’ai faite pour deux avions, à l’occasion du soixantième anniversaire de la Patrouille de France, où il n’était question que d’immensité de l’espace et de vitesse dans le ciel. Mais c’était aussi un duo où on se rencontre, se retrouve etc. En même temps, je réfléchissais à Attractions plurielles.

9100932516_bfcdb0ba40Le corps à corps d’avions en plein vol peut devenir très dangereux !

À certains moments ils étaient à deux mètres l’un de l’autre ! Mais je peux faire moins dangereux. En ce moment je prépare une pièce qui s’appellera En l’air, pour cinq chanteuses. Ce sera la rencontre avec la musique contemporaine, autour du silence. Et j’ai envie aujourd’hui de revoir tout le matériau de mes recherches pour les transmettre à une nouvelle génération. J’ai des projets de recherche avec l’Académie Fratellini et le CNAC. Il s’agit de revoir mes expériences par rapport à l’image filmée, à l’interactivité des capteurs de mouvement etc. Je pense que tout ce matériau est important par rapport à la perte de repères, à l’absence et la présence des corps qui constituent un paradoxe important dans les recherches des jeunes créateurs aujourd’hui. La transmission est d’autant plus importante que nous aurons de moins en moins accès aux vols hyperboliques, puisque ça devient de plus en plus compliqué à mettre en place.

Propos recueillis par Thomas Hahn

Attractions plurielles de Kitsou Dubois

Festival Instances, Chalon-sur-Saône, le 19 novembre à 19h

http://www.espace-des-arts.com

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