«Pixel» de Mourad Merzouki

Danses urbaines, arts du cirque et rêverie visuelle se rencontrent avec bonheur dans Pixel, une pièce qui questionne le statut du corps dans un monde de plus en plus virtuel.
Mourad Merzouki semble désormais décidé à mettre son hip-hop à l’épreuve d’autres univers artistiques ou culturels. Après Agwa avec des danseurs de Rio et Yo Gee Ti avec des Taïwanais, le voici dans une collaboration avec Claire Bardainne et Adrien Mondot, qui relient la danse aux nouvelles technologies.

 

Galerie photo : Laurent Philippe

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Avec un tel appétit pour les rencontres tous azimuts, on pouvait craindre un copié-collé des expériences passées de la compagnie Adrien M- Claire B. Et il est vrai qu’on retrouve les situations virtuelles connues de Cinématique, duo créé en 2010 , ou autres motifs. Mais le fait de passer à une dizaine d’interprètes leur confère une dimension nouvelle.

Heureusement, cette création très interactive va au-delà du bain de pixels. Elle interroge et met en perspective. Tout commence par l’entrée d’un groupe bien soudé dans un espace sacral, une cour de monastère peut-être, où l’ambiance est augmentée par des bougies bien réelles. Leur fumée pixelisée réagit aux mouvements des danseurs et se plie à leur volonté.
Plus tard, quand les humains affrontent des environnements plus hostiles, chacun lutte seul. L’univers virtuel règne, l’harmonie initiale ressurgit tel le souvenir de temps  heureux. Sur les sols mouvants, où s’ouvrent des abîmes, on risque de perdre pied, et seule la force centrifuge du « backspin » évite qu’on se fasse avaler par un trou béant.
Et pourtant, Pixel est tout sauf une pièce nostalgique. Elle nous pose des questions et nous interpelle, sans établir de constat. Mieux, l’univers visuel est si séduisant qu’un discours implicite à l’encontre du virtuel tomberait à plat.

 

Galerie photo : Laurent Philippe

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Où commence l’illusion ?
La machine à illusions d’optique tourne à fond. La grille blanche défile sous les pieds comme jadis, chez le mime Deburau, l’arrière-plan enroulé. Le sol paraît instable. Ceux qui marchent ont l’air immobiles et ceux qui tiennent leur position doivent faire semblant de courir.
De la marche sur place au Moonwalk, nous avons tout vu et revu avec toujours le même plaisir. Pixel augmente le genre en offrant une effervescence jouissive du trompe-l’œil chorégraphique, dans une variété jamais vue. Ça marche, ça saute, ça rampe, ça glisse et ça grimpe…
L’interrogation est permanente: où vas-tu ? Quel est ton corps ? Quand il interagit avec les pixels est-il encore tout à fait en-corps ? Est-il encore là ou déjà dans un ailleurs immatériel ? Les projections sont-elles moins ou plus réelles que les danseurs ? Ce sont les vieilles questions que l’humanité se pose depuis toujours. Les rêves sont-ils réels ? La vie est-elle un songe ?

 

Galerie photo : Laurent Philippe

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Une question d’empathie
La neige tombe ou vrille, et on frissonne de froid. Les murs basculent et le spectateur a l’impression de tourner dans son fauteuil. Sans que l’on comprenne très bien pourquoi, les images virtuelles semblent pouvoir créer plus d’empathie que les corps réels. Est-ce à cause des présences réelles que nous prenons les dessins numériques pour argent comptant ? Est-ce parce qu’un corps de contorsionniste a toujours quelque chose d’irréel ?
Les arts de la piste se taillent une belle place dans Pixel. Le jeune Merzouki n’est-il pas passé par une école de cirque ?  Et Adrien Mondot n’est autre que l’inventeur du jonglage numérique, à savoir d’une inspiration circassienne des arts électroniques. La contorsionniste Elodie Chan, formée à l’école du Cirque de Pékin éblouit, le capoériste et circassien Marc Brillant apporte la poésie du cerceau et Xuan Le, les rollers du Freestyle Slalom.
L’interaction avec l’univers de Mondot/Bardainne déplace  aussi les enjeux de la danse. On ne part plus d’un style, mais d’une poétique. La forme de glisse urbaine qui surgit ainsi investit la verticale autant que l’horizontale. À quoi rêvent les pixels ?

Thomas Hahn

Création mondiale dans le cadre du festival Kalypso, MAC Créteil, jusqu’au 22 novembre
www.ccncreteil.com
www.maccreteil.com
http://www.ccncreteil.com/kalypso/

Distribution :
Direction artistique et chorégraphie : Mourad Merzouki
Assistante du chorégraphe : Marjorie Hannoteaux
Création numérique : Adrien Mondot, Claire Bardainne
Création musicale : Armand Amar
Violon, piano, musique additionnelle, alto : Sarah Nemtanu, Julien Carton, Anne-Sophie Versnaeyen
Enregistrement, mixage, création sonore : Vincent Joinville
Recherche sons : Martin Fouilleul
Interprétation : Rémi Autechaud dit RMS, Kader Belmoktar , Marc Brillant, Elodie Chan, Aurélien Chareyron, Yvener Guillaume, Amélie Jousseaume, Ludovic Lacroix, Xuan Le, Steven Valade , Médésseganvi Yetongnon dit Swing
Lumières : Yoann Tivoli, assisté de Nicolas Faucheux
Scénographie : Benjamin Lebreton
Costumes : Pascale Robin assistée de Marie Grammatico
Peintures : Camille Courier de Mèré et Benjamin Lebreton
Production : CCN de Créteil et du Val-de-Marne / Cie Kâfig
Coproduction : Maison des Arts de Créteil, Espace Albert Camus – Bron
Avec le soutien de : la Compagnie Adrien M / Claire B

voir les dates de tournée:
http://www.ccncreteil.com/actualites_tournees/tournees.cfm/

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