Forsythe, Millepied par le Ballet de Lyon

Le « portrait » consacré à William Forsythe par le Festival d’Automne à Paris se poursuivait au Théâtre de la Ville avec cette soirée qui réunissait One Flat Thing Reproduced et Workwithinwork de William Forsythe ainsi que Sarabande de Benjamin Millepied par le Ballet de l’Opéra de Lyon dirigé par Yorgos Loukos.

On connaissait déjà l’interprétation magistrale de One Flat Thing Reproduced, de William Forsythe par le Ballet de l’Opéra de Lyon (créé en 2000 par le Ballet de Francfort et entré au répertoire du Ballet de l’Opéra de Lyon en 2004) sur la musique de Thom Willems. Un vrai coup de maître lorsque son directeur, Yorgos Loukos, l’inscrivit au répertoire. Cette pièce de William Forsythe, vite surnommée, « Table Dance » est toujours aussi impressionnante avec son contrepoint compliqué et ses vingt tables disposées comme autant de feuilles blanches et autant d’empêchements. Les danseurs, y jouent avec cet alignement sans cesse déjoué, qui mulitplie les embûches pour les danseurs comme pour le regard des spectateurs, par la multitude de mouvements simultanés.

Galerie photo : Laurent Philippe

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Vous devez alors vous posez la question de comment vous voulez regarder ce spectacle qui indéniablement se déroule dans trois dimensions. « J’aime qu’on voit d’au-dessus, même si un spectale est un normalement vu de face. Vu d’en-dessous, c’est un autre monde » explique le chorégraphe, non sans malice.

Car le regard selon Forsythe, c’est une architecture contrariée, on focalise en cachant. Bienvenue à ce que vous ne pouvez pas voir pourrait-on dire, paraphrasant la célèbre phrase du « maître ». La vitesse, comme toujours fulgurante chez Forsythe, ajoute le risque à ces écarts, ces plongées, ces jambes qui soudain surgissent tandis que d’autres danseurs glissent littéralement sur les surfaces plates des tables, devenues plaques dangereuses. Les corps jaillissent avant de se dissoudre dans les alignements rigoureux, sorte de plan très plastique, dont, d’ailleurs, on peut voir toutes les applications sur le site de synchronous objects ( à voir ici).

 

Galerie photo : Laurent Philippe

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Mais, pour le Ballet de l’Opéra de Lyon, William Forsythe a ajouté encore des variations, plus surprenantes et difficiles encore que dans la pièce originale, faisant fuser les groupe éclatées, bondir brusquement les interprètes au milieu de cette zone délicate, striée d’embûches, menaçant de submerger les corps.

version originale par le Ballet de Francfort

 

Beaucoup plus calme, Workwithinwork (créé en 1998 et entrée au répertoire de l’Opéra de Lyon en 2010) est une sorte d’étude sur le Duo pour deux violons de Luciano Berio. Il déploie l’étendue du vocabulaire de William Forsythe, travaillant comme un motif, la figure du cercle, créant une sorte de vortex qui finit, par la grâce d’un brusque équilibre, à engloutir un tourbillon de mouvements, mathématiquement disposés et réglés par toutes les combinaisons que peuvent générer le chiffre 15 (soit le nombre de danseurs sur le plateau)d. Ces variations aussi flegmatiques que diaboliques, soumises à des modifications de rythmes, d’orientations dans l’espace, de flux ou même de répartition du poids du corps finissent par créer une chorégraphie fluide et volatile, travaillée dans la masse.

Galerie photo : Laurent Philippe

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Sarabande, de Benjamin Millepied, qui s’insère entre ces deux œuvres de Forsythe a été créée en 2011, au sein, à l’époque d’une soirée Balanchine. Digne continuateur de ces deux chorégraphes très musiciens, la composition pour quatre danseurs de Millepied, s’appuie donc, sans surprise, sur la forme de la « -Sarabande, cette danse d’origine espagnole à trois temps, mais surtout sur l’ascèse joyeuse des extraits des Sonates et Partitas de Jean-Sébastien Bach, formidablement bien interprétées ici par Philippe Bernold à la flûte et Nicolas Gourbeix au violon.

Galerie photo : Laurent Philippe

 

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Très américaine avec ses hommes en chemises à carreau qui ont l’énergie et la liberté des danseurs du Nouveau Monde, Sarabande, n’en est pas moins subtile, dans son architecture virtuose, et s’inscrit, d’une certaine façon, dans la droite ligne d’un Jerome Robbins. D’une dynamique et d’une souplesse exceptionnelle, d’une rapidité parfois vertigineuse, la chorégraphie se fait méandres, tensions, épousant les lignes musicales dans un jeu de rythmes et de lignes, alternant explosions bondissantes et suspensions élégantes du geste, très « françaises » pour le coup ! Mais ce qui surprend dans le façonnage de cette pièce, ce sont ces enchaînements sans le moindre heurt, ni arrêt, et encore moins de « préparation ». La danse coule de source, fluide, sans distinguer entre les figures et les pas de transition. Et c’est bien ça qui fait que la danse est danse et non succession de pas, aussi précis et raffinés soient-ils. C’est un vrai plaisir de voir évoluer ces magnifiques danseurs dans cette pièce aussi légère que brillante qui manifestent une joie de danser très communicative.

 

 

On remarquera une fois de plus la qualité exceptionnelle des danseurs du Ballet de l’Opéra de Lyon, décidément une grande compagnie !

 

Agnès Izrine

Théâtre de la Ville du 17 au 26 novembre 2014

www.théâtre de la ville

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