« Ruines » de Tatiana Julien

Une robe à fleurs suspendue est accrochée sur le plateau… en sortent des jambes nues. En quelques secondes, une fille roule et boule, nue, comme on naîtrait de nulle part. Elle s’enfuit et se recroqueville dans un coin.

Ruines115©Nina-Flore Hernandez(uniquement presentation saison)

« Ruines » ©Nina-Flore Hernandez

La revoilà dans une tenue un peu stricte du temps passé, avec sa chemise à col montant et sa longue jupe noire. « Je voudrais revenir – Il faut savoir me perdre » entend-on tandis qu’elle avance, en tournant sur elle-même, les bras flottants, dans une immense solitude. Ruines. La jeune fille qui parcourt à tâtons l’espace de la scène semble à la recherche d’elle-même, incapable d’investir de sentiments des gestes qui s’égarent, qui reviennent, hésitants, contraints parfois, comme par cette chambre vide. Elle se déserte, au bord de disparaître, s’abime en rêveries, en gestes rentrés, comme en proie à un refoulement indicible. Dans des éclairages qui passent du demi-jour à une clarté insolite, du crépuscule à des éclats voilés, se déploie une gestuelle, plutôt minimale, en demi-teinte. Soudain, la voici en noir. Ombre déploratoire, les yeux bandés, creusée par la mort qui rôde, dans une expressivité dramaturgique un peu ancienne, avant de se relancer dans ces tours qui ne mènent plus nulle part depuis longtemps, revenir à la robe à fleurs, se suspendre, repartir.

La gestuelle de Tatiana Julien traverse toute une histoire de la danse contemporaine, avec ses moments très expressionnistes mais aussi avec une force concentrée et secrète qui pourrait faire penser à une Agnès de Mille de Fall River Legend, voire au grands drames à la Graham. Elle dégage une puissance féminine à partir de ce presque-rien qui compose Ruines, ses dépouillements, sa profondeur très singulière.

Tatiana Julien nous transporte dans une temporalité incertaine, sur les Ruines d’un monde interdit, où l’espoir reste en suspens.

Réalisé en collaboration avec Marine de Missolz, comédienne et metteuse en scène, sur une très belle musique de Pedro Garcia-Velasquez, Ruines, est un très beau spectacle, plutôt contemplatif…

Agnès Izrine

18 novembre 2014 – Festival Instances, Chalon-sur-Saône, Espace des Arts

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