« Attractions plurielles » de Kitsou Dubois

"Attractions Plurielles" @ Patrick Berger / ArtComArt

« Attractions Plurielles » @ Patrick Berger / ArtComArt

L’air est un élément matériel, et on peut donc le rendre visible. Comment ? En passant par l’eau ! Les deux circassiennes d’Attractions plurielles ont approché l’apesanteur grâce à l’apnée, face à la caméra sous-marine de Do Brunet. Les images subliminales ainsi captées précèdent et accompagnent le duo aérien de Pauline Barboux et Jeanne Ragu.

Tout commence dans l’antichambre, une chambre à air autrement pneumatique. Sur une énorme bulle blanche qui respire à la manière d’un mollusque immaculé du fond de l’océan, on voit se propager, telles des vagues, les images filmées dans la piscine-labo de Dubois. Doucement la peau blanche amorphe se soulève et redescend, mettant en scène le jeu des volumes d’air de part et d’autre de la membrane.

Spécialistes du cadre aérien, candidates à l’apesanteur, elles nagent comme elles respirent. Filmées en fusion maritime, leurs membres se propagent tels les tentacules d’un poulpe octopode. En même temps, dans la boîte noire du théâtre, le jeu des attractions commence à investir le plateau.

Effet calculé ou pas, le premier tableau évoque la tradition acrobatique de l’Opéra de Pékin, grâce aux costumes rouges et à l’accompagnement percussif de Cyril Hernandez. Au sol, le duo interroge l’état animal. Quand la gravité opère, la chair peut se coller à la chair. Mais qui veut s’élever, doit (se) décoller.

Strictement verticales, parfaitement parallèles, les guindes descendent des cintres tels le pendule de Foucault, multiplié et en attente d’une force d’attraction. Et celle-ci ne tarde pas d’intervenir. Attirées, stabilisées et parfois comme emprisonnées, les deux acrobates ne sont ni en train de voler, ni de planer. Leur état de corps raconte autre chose.

S’appuient-elles sur l’air ? L’illusion est parfaite, au même titre que celle qui nous présente Barboux et Ragu comme deux poissons (rouges !) qui montent et descendent lentement, dans une drôle de stabilité, équilibre parfait entre gravité et lévitation. Et l’air – pas celui qu’on respire mais celui qu’on voit – n’est plus un gaz. Il passe du liquide au solide et inversement, soumis aux volontés des deux créatures, manipulatrices de leur propre empreinte gravitationnelle.

L’air qu’on respire n’est cependant pas absent du spectacle. Il ne cesse de se manifester dans les vibrations transmis par les instruments de Cyril Hernandez. Avec leurs surfaces de métal ou de peau, les gongs, tambours etc. sont eux-mêmes des corps jouant sur l’attraction qu’ils exercent sur d’autres corps.

Thomas Hahn

19 novembre, Festival Instances, Espace des Arts Chalon-sur-Saône

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