Raimund Hoghe : « An Evening with Judy »

Avec ses talons, sa petite robe noire portée avec un voile de deuil sur le visage, et sa radio en guise de sac à main, Raimund Hoghe, ou plutôt le fantôme de Judy Garland entre sur le plateau de la Ménagerie de Verre, au son, bien sûr, de Somewhere Over the Rainbow. Tout est dit.

 

Raimund Hoghe dans "An evening with Judy" @ Luca Giacomo Schulte

Raimund Hoghe dans « An evening with Judy » @ Luca Giacomo Schulte

 

La chanson devenue tube mondial, la voix suave et profonde de Judy, la gloire, l’ennui, la déchéance, la mort. Un destin résumé en une seule image. C’est là le génie de Raimund Hoghe, qui, avant de créer ses propres spectacles fut le dramaturge de Pina Bausch dans les années 80 – la période sombre et sans concession de la dame de Wuppertal. Mais, avant d’être dramaturge, Raimund était un journaliste qui aimait croquer des portraits de gens ordinaires ou… de stars. De là, probablement sa maîtrise del’art de la litote et de l’ellipse, que son écriture soit littéraire ou chorégraphique.

 

 

Judy, donc, apparaît en filigrane dans le corps gauchi, enfantin et fragile de Raimund. Pas d’incarnation mais une évocation qui passe aussi par la voix de la star et ses inflexions qui disent le temps qui passe. On la retrouve dans des chansons, des interviews ou des films comme ce magistral Judgment at Nuremberg. L’enfant propulsée star sous un nom d’emprunt (elle est née Frances Ethel Gumm) est devenue une femme aux accents poignants, mais à quel prix ?

Avec une seule valise noire pour toute scénographie, Raimund Hoghe traverse le corps et la voix de Judy en sortant un accessoire presque dérisoire : un foulard, une paire de lunettes, un vinyle, un imperméable. Ce n’est pas grand chose, mais ça suffit pour passer de la tristesse aux paillettes, du glamour au vide et c’est souvent à ça que se résume une vie. Ajoutez un répertoire de poses et de gestes qui parfois personnifient Judy, parfois en disent plus long que ce que l’on entend, comme ces saluts militaires qui traduident une Amérique triomphante et l’obéissance obligée de la petite fille, une tête qui part en arrière pour prendre la lumière ou pour s’absenter du « face caméra », des épaules qui s’arrondissent comme on renonce.

Accompagné par Takeshi Ueno qui fait le danseur ultra doué de « musicals », avec ses claquettes sans fers et ses pas glissés d’une rapidité impressionnante, et la complicité de Luca Giacomo Schulte, Raimund Hoghe nous entraîne à grand coups de vide et de présence insistante dans la descente aux enfers de Judy Garland, morte stupéfiée par les barbituriques.

Poignant.

Agnès Izrine

9 septembre 2014 – Les Inaccoutumés, Ménagerie de Verre.

http://www.menagerie-de-verre.org/index_actu.php

 

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