« El Triunfo de la Libertad » de La Ribot, Juan Dominguez et Juan Loriente

Pour une fois, nous ne mettrons pas de photo. Tout ce qu’on voit sur scène dans El Triunfo de la Libertad sont des écrans LED sur lesquels défilent des caractères rouges, certes subtilement éclairés par Eric Wurtz, mais tout de même, tout le monde sait, plutôt trop bien, à quoi ça ressemble.
Personne ne montant sur scène, la liberté est obligée de triompher dans l’imaginaire du spectateur. Pendant un certain temps, ça peut fonctionner. Trois textes se traversent les uns les autres, en toute liberté et dans trois genres très différents.
La Ribot, Juan Dominguez et Juan Loriente ont chacun écrit un texte, dans trois genres radicalement différents. « À la fin, nous nous sommes rendus compte qu’il était inutile d’être présents en scène », dit La Ribot. C’était tout juste avant la première à Genève, suivie d’une polémique assez violente dans la presse, déclenchant un débat sur l’état de la création contemporaine, nourrie par les attaques habituelles du style: « Et on donne de l’argent public pour ça? »
Certes, La Ribot, Dominguez et Loriente auraient pu ajouter leurs voix, leurs corps, leurs gestes. Mais en effet, à quoi bon, une fois qu’on a décidé de baser une proposition sur l’écriture, et de la mettre au centre ?
La radicalité de la proposition est difficile à surpasser. La liberté offerte au spectateur peut déconcerter. On passera peut-être quelque temps à essayer d’imaginer le spectacle ou les présences en scène que les trois performers absents auraient pu imaginer. Mais la densité des textes et le jeu des traversées des récits et boutades, des anecdotes, fantasmes et revendications n’en laisse guère le temps.
L’absence de personnes en scène augmente la présence du public. L’éclairage de la salle baisse pour remonter et inversement. Le fait d’être dans une salle de spectacle devient le fait déterminant de la soirée. Le texte rebondit: « Pourquoi vas-tu au spectacle ? Parce que demain je vais au cinéma. »
Ce triomphe de la liberté des artistes, laquelle peut ici paraître excessive, nous renvoie tout simplement aux fondamentaux. Y a-t-il une valeur intrinsèque au fait de se retrouver avec d’autres gens dans une salle, face à une scène ? Après tout, on pourrait aussi bien aller au cinéma ou bien lire les textes sur l’écran d’une liseuse, voire s’amuser avec une application interactive…
Jusqu’où tenons-nous vraiment à cette différence entre l’isolement informatique et l’expérience partagée en direct ? Voilà quarante ans au bas mot que certains artistes nous posent cette question. Mais ce n’est pas une raison de la considérer comme tranchée ou la réponse comme acquise à jamais. El Triunfo de la Libertad s’adresse au libre arbitre en proposant une petite remise en question, sans que l’on puisse y voir un modèle du genre, mais plutôt une petite curiosité, plus ou moins née d’un accident de parcours, qui fera parler d’elle plus qu’elle n’apporte une pierre à l’évolution des arts de la scène.

Thomas Hahn
Du 19 au 14 décembre 2014, Centre Pompidou, dans le cadre du Festival d’Automne

www.festival-automne.com
www.laribot.com
www.centrepompidou.fr

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