Faits d’hiver 2015

Fait-F.-StemmerLe  festival Faits d’hiver ouvrira son édition 2015 le 14 janvier. L’occasion de regarder la danse s’ébattre dans Paris et à ses frontières (Gentilly) pour découvrir en sept créations et des diffusions nombreuses (10 représentations pour Fanny de Chaillé et Grand Magasin au Théâtre de la Cité Internationale !) la diversité de la danse d’aujourd’hui.

En ces temps perturbés, où tout le monde est « Charlie » (sauf exceptions farouchement notoires), la danse aussi nous dit : « Je suis Charlie. » Le sens de l’identification collective aux victimes et à leur magazine est bien sûr de manifester que nous partageons, malgré nos différences, des valeurs communes qui nous permettent de dialoguer. Aussi, il n’est pas difficile de transposer cet esprit de rassemblement à la programmation du festival Faits d’hiver.

Dire cela n’a rien d’un raccourci. Au contraire, on peut se rassembler dans la rue un après-midi, juste pour reprendre les hostilités politiques dès le lendemain. Ce qu’il nous faut, ce sont au contraire, des personnes et des projets qui incarnent un esprit de rassemblement sur la durée et de façon crédible.

 

Faits d’hiver s’y consacre depuis fort longtemps. L’édition 2015 est même particulièrement marquée par cet esprit de diversité et de rassemblement. Tout le monde peut danser, et la danse peut surgir partout, de façon visible ou invisible, derrière le verbe ou à travers des réflexions sur notre espace de vie commun.

La danse est aussi l’endroit où l’on se regarde, et où on regarde l’autre, dans sa vérité, sans le réduire à des qualificatifs communautaires ou extérieurs. Pas de caricatures donc, mais une série de portraits sensibles, où chacun(e) peut dire ses interrogations, pour les soumettre aux retours du public.

Biño Sauitzvy et Nando Messias dans « Oh » photos  Darell Berry

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Christophe Martin réunit cette année des singularités artistiques aussi diverses que Serge Aimé Coulibaly qui évoque la lutte pour la démocratie au Burkina Faso, le performer-mime Biño Sauitzvy dans ses interrogations sur le genre, Edmond Russo/Shlomi Tuizer dans une confrontation des images du guerrier et de l’amoureuse, ou encore Tatiana Julien avec sa danse vintage (Ruines, chroniqué ici ) et Yvann Alexandre plongeant dans le noir de Marc Rothko (Les Solis noirs). Tous les deux explorent des intériorités fragiles qui jouent avec l’effacement.

Les Solis Noirs photos Ben ben

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Mais l’idée d’une citoyenneté partagée autour de la danse se manifeste surtout quand le collectif (La) Horde réunit une vingtaine de seniors qui ne sont pas des professionnels de la scène, pour les accompagner, chacun et ensemble, sur un voyage vers le noyau de leur être. Dans Void Island leurs visages, corps et gestes, parfois peints et allant doucement vers la nudité, créent des images très poétiques et envoûtantes, inspirées des écrits de Foucault sur l’hétérotopie, ces lieux publics mais souvent cachés où se cristallisent nos rêves collectifs et notre refoulé sociétal.

 

Void Island photos F. Stemmer

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Comme pour y répliquer, Faits d’hiver invite également une autre danse radicalement différente, avec une pièce pour danseurs en situation de handicap. Issue du projet européen Integrance, la création You et vous, sous la direction du chorégraphe britannique George Adams, part du corps et de l’être de chacun(e).

Tous pourraient brandir une pancarte « je suis danse », sauf les performers des Gens d’Uterpan (Annie Vigier/Franck Apertet) qui traversent l’espace public selon un système à la rebelle et discret. « Topologie » commença en 2010 à Belfort pour finir l’année 2014 à Gdansk en Pologne, étant passé par Vienne, New York, Taiwan, la Turquie, Zurich, la Suède, Paris etc. Sa présence dans une ville s’étend sur cinq jours de marche, suivant des tracés qui ne cessent de se croiser. Cette géométrie tentaculaire, qui ne connaît que lignes droites et inversions subites, est appliquée à la cartographie urbaine comme pour la marquer au fer rouge. Pour les marcheurs-danseurs, il s’agit de suivre le tracé à la ligne et donc de prendre les chemins de traverse, de franchir des murs et des grilles, de traverser des cours d’eau etc., le tout soumis à l’obligation de croiser les camarades à une heure fixe à une des croisées des chemins. Leur concentration, leur état de corps marquent une différence subtile mais ineffaçable avec le comportement urbain formaté. Espérons que leur Topologie pourra échapper au Plan Vigipirate. Un Charlie Hebdo à la main, ça devrait passer… En ce sens : Dansons Charlie !

 

Faits d’hiver a par ailleurs encore bien d’autres cordes chorégraphiques à son arc, qui s’étend cette année du Générateur de Gentilly à l’Atelier de Carolyn Carlson à la Cartoucherie, au Théâtre de la Cité internationale, au Tarmac dans le 20e et bien sûr au cœur de Paris (Micadanses, MPAA, Théâtre de la Bastille).

 

Thomas Hahn

Du 14 janvier au 14 février

La programmation complète :

www.faitsdhiver.com

 

 

 

 

 

 

 

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