Rencontre avec Farid Berki

Dans les studios du Théâtre Jean Vilar à Suresnes, six danseurs et un jongleur, chacun une perche à la main, répètent des séries de mouvements enchaînés sous le regard attentif de Farid Berki. D’un mot, d’un geste esquissé, le chorégraphe reprend, corrige, suggère ou accentue. Entre libre improvisation et sûreté de la ligne, il met au point sa prochaine création. Co-produit par Suresnes cités danses, « Fluxus Game » fera l’ouverture le 16 janvier de la 23e édition du festival. Entretien.

 

Farid Berki répète Fluxus Game © Joo et de style graphic

Farid Berki répète Fluxus Game © Joo et de style graphic

 

Danser Canal Historique : Comment se déroule la préparation du spectacle ?

Farid Berki : Certains des interprètes – Mustapha Bellal, Olivier Lefrançois, Johnny Martinage, Sandrine Monar – avaient déjà travaillé sur la deuxième partie. Ils ont été rejoints par Cécile Delobeau et Bernard Wayack-Pambé. Durant trois semaines consécutives, nous répétons avec l’équipe au complet, d’abord à Suresnes puis au Centre chorégraphique national de La Rochelle accueillis par Kader Attou. À la fin de cette première séquence, nous aurons un déroulé et une trame générale sur laquelle Laurent Meunier fera la création vidéo et Jérome Deschamps la création lumière. Nous finalisons l’ensemble à Jean Vilar du 6 au 15 janvier 2015.

 

"Fluxus Game" © Lauren Meunier

« Fluxus Game » © Lauren Meunier

 

DCH : Fluxus Game est conçu en trois parties. Cela correspond-t-il à trois univers musicaux et visuels différents ?

Farid Berki : Oui, chacune a sa couleur propre. La première est accompagnée par le Scherzo fantastique  de Stravinski. Une musique vive, gaie, qui correspond bien à l’inspiration de cette nouvelle pièce. Les images seront dans le même esprit, avec une production graphique très inspirée des dessins animés. Dans la seconde partie, ce seront des musiques de film, principalement de Lalo Schiffrin (compositeur de Bullit , Mannix, Mission ImpossibleStarsky and Hutch…). Dans la dernière partie, il s’agira d’une musique contemporaine, dont le choix n’est pas encore tranché.

 

"Fluxus Game" © Dan Aucante

« Fluxus Game » © Dan Aucante

 

DCH : Comment avez-vous composé le casting ?

Farid Berki : J’ai repris la même équipe que pour Vaduz 2036 (2011), à laquelle j’ai adjoint le jongleur Thomas Dequidt. Je danserai moi aussi dans le spectacle et j’ai demandé au danseur et chorégraphe Nabil Ouelhadj, qui assiste également Kader Attou, d’apporter son regard extérieur. Chaque interprète a été sélectionné pour sa singularité, son humour, et son goût du jeu puisque c’est une pièce ludique. J’ai avec eux une grande complicité et j’ai envie de les voir sur scène tels qu’ils sont.

 

DCH : Pourquoi les avoir équipés d’une perche ?

Farid Berki : D’abord par goût personnel, ayant moi-même longtemps pratiqué les arts martiaux. Mais aussi parce que le mouvement des perches contribue à la construction graphique de la pièce. En particulier dans la troisième partie, où il souligne le sentiment de transe et d’ivresse, de flux et de reflux.

 

"Fluxus Game" © Dan Aucante

« Fluxus Game » © Dan Aucante

 

DCH : Le titre de la pièce fait référence au mouvement artistique des années 60, Fluxus, qui renouvela les arts visuels. Revendiquez-vous la même liberté esthétique ?

Farid Berki : Le courant Fluxus est lié à l’idée de jeu, de fragments, de mouvements, de simplicité dans les formes et dans le travail. C’est aussi, dans le domaine musical, une école du minimalisme qui a nourri Steve Reich ou John Cage. Le tout au nom d’un principe d’incertitude, qui s’applique très bien à l’écriture d’une pièce chorégraphique. Fluxus Game est composé d’éléments chorégraphiques enrichis du matériel apporté par chacun et emboîtés les uns dans les autres, dans un flux hypnotique où l’on se laisse embarquer par le mouvement. Cela correspond tout à fait à mon désir de prendre un nouveau départ et d’être avant tout dans le plaisir du jeu, du faire ensemble.

 

"Fluxus Game" © Joo et de style graphic

« Fluxus Game » © Joo et de style graphic

 

DCH : Au moment où vous fêtez les 20 ans de votre compagnie Melting Spot, votre pièce fait l’ouverture de Suresnes cités danses. Une consécration ?

Farid Berki : Je suis venu pour la première fois à Suresnes en 1995, comme interprète, avant d’y être accueilli régulièrement comme chorégraphe. C’est une histoire de fidélité avec son directeur, Olivier Meyer, qui est toujours resté attentif à mon travail. Je suis heureux que « Fluxus Game » soit la première co-production du festival d’une pièce réalisée par un chorégraphe hip hop. Le Théâtre Jean Vilar et son équipe forment une maison où je me sens bien.

 

Propos recueillis par Isabelle Calabre.

Fluxus Game, 16 et 17 janvier 21h, 18 janvier 17h et 21h

http://www.suresnes-cites-danse.com/2014-fluxus-game

 

 

 

 

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