Adam Linder au festival Aire de Jeu

Adam Linder ne s’était jamais confronté à une musique imposée. Pas plus qu’il ne connaissait la capitale des Gaules, encore moins les Subsistances. Deux bonnes raisons de venir découvrir sa dernière pièce, dans le cadre du festival Aire de jeu, qui invite trois chorégraphes à puiser dans le corpus d’un compositeur contemporain, cette année le Finlandais Kalevi Aho.

Assez peu connu en France, Adam Linder a été invité deux fois aux Rencontres internationales de Seine Saint Denis, en 2011 et l’année dernière. Basé à Berlin, il crée Vexed Vista après quatre semaines de résidence aux Subsistances. Pour en savoir davantage, nous l’avons rencontré.

 

Adam Linder @ Benedict Johnson

Adam Linder @ Benedict Johnson

 

Danser Canal Historique : Quel est exactement le projet de Vexed vista (le titre de la pièce NDLR) ?
Adam Linder : Avec la commande de cette pièce sur de la musique contemporaine, je me suis posé la question pourquoi la musique portait une tradition d’union entre la danse et la musique, quel genre de relation abstraite s’exprime entre le son et la danse. L’abstraction au XXe siècle est un des faits les plus marquants de la conception artistique de cette époque, spécialement dans l’art moderne, que l’on retrouve d’une certaine façon dans la musique de ce compositeur. Ce n’est pas du hip-hop, du R’n’B, de la musique expérimentale, qui exprime pour moi l’image de la modernité, c’est vraiment de la musique contemporaine. Et j’ai pensé que ça pouvait être intéressant de penser, d’aller regarder derrière l’abstraction, voir ce qui se cache derrière, ce qui devient abstrait. L’abstraction est, en fait, une sorte de camouflage, un voile. Je voulais voir ce que ça recouvrait en terme de psychologie, d’identité politique, de frottements culturels. De façon basique, qu’est ce qu’une forme de représentation abstraite ? Et cette pièce s’articule autour de cinq points de vue, et chaque point de vue est un élément théâtral, un des éléments qui font la pièce, la danse, la lumière, la musique, le décor et le public. Et il y a une voix off, qui est à la fois le personnage – l’inconscient de la danse, de la musique, de la lumière, du décor, du spectateur.

 

"Vexed Vista" @ Romain Etienne

« Vexed Vista » @ Romain Etienne

 

DCH : Que signifie le titre ?
Adam Linder :  Vista signifie vue et vexed signifie dérangée, chamboulée.
 
DCH : Qu’entendez vous par là ?
Adam Linder : C’est comme si on renversait la perspective de quelque chose qu’on regarde. Dans mon travail, ce qu’on voit est une une sorte de pièce abstraite mais si le regard est perturbé, c’est comme s’il y avait cinq consciences, cinq perspectives.

 

"Vexed Vista" @ Romain Etienne

« Vexed Vista » @ Romain Etienne

 

DCH : Quel rôle joue la musique dans cette pièce ?
Adam Linder :  C’est un des cinq éléments de la pièce, comme je l’ai dit plus haut, et aucun élément n’est plus important que l’autre. Pour être honnête, la musique n’a pas spécialement de signification. La danse est traitée comme un archétype, la musique également.

DCH : Pourquoi le hautbois ?
Adam Linder : Parce qu’il peut être à la fois brutal et lyrique, dans le même temps il peut être beau et affreux. Et parce que la partition pouvait se diviser en cinq parties. Je voulais un seul musicien, un seul son pour rejoindre l’idée d’abstraction.

DCH : Comment vous situez vous par rapport à Cunningham, le maître de l’abstraction en danse ?
Adam Linder : L’abstraction m’intéresse parce que je m’en méfie. Proposer une idée de l’universel, trouver l’essence de la neutralité (je pense au minimalisme) a quelque chose pour moi du coup de bluff. Parce que la façon de lire, de ressentir, de regarder les choses est façonnée par la place qu’on occupe dans la société, le genre, la classe sociale, la race, etc… Je ne fais pas une pièce abstraite mais une pièce qui penserait à ce que peut être l’abstraction.

 

"Vexed Vista" @ Romain Etienne

« Vexed Vista » @ Romain Etienne

 

DCH : Comment composez-vous ?
Adam Linder : En général, j’ai une idée, et je fais des recherches autour de cette idée puis  je prends des notes, je réfléchis à comment l’exploiter physiquement, je pense aux images qu’elle peut générer. En principe ça commence avec le langage. Je ne suis pas un chorégraphe qui fait des recherches sur le mouvement, je ne suis pas non plus un chorégraphe expressionniste, je ne vais pas au fond de mon âme (rires), ça se passe plutôt dans ma tête. J’essaie d’engager un processus d’incarnation. Mais là je travaille différemment, à cause de la nature de la commande. J’ai cherché des éléments « abstraits ». J’ai essayé de trouver différents états physiques en pensant à la texture, à la ligne, aux dynamiques rythmiques, ce que je ne fais pas habituellement. C’est-à-dire chercher différents registres, différents rythmes entre la musique et la danse.

Propos recueillis par Gallia Valette-Pilenko

27 et 28 janvier à 19h45, 29 à 20h45, 30 à 20h15, 31 à 18h30. Subsistances. Aire de Jeu

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