« Monument 0 : Hanté par la guerre (1913-2013) » d’Eszter Salamon

Plusieurs bonnes nouvelles hantent la danse macabre et guerrière de Monument 0, où Eszter Salamon nous embarque dans un train fantôme dansé, entre expressionnisme et tribalisme.

Galerie photo : Ursula Kaufmann

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1) Aucun interprète n’est montré dans des « positions dégradantes ». Il n’y aura donc pas de manifestations de comités communautaristes devant le Centre Pompidou, point de chute parisien de cette pièce créée l’été dernier en Allemagne.

2) Salamon passe d’une version initiale de 2h30 à 1h20, ce qui nous laisse largement le temps de rester abasourdis et fascinés par les sauts, les costumes, les visages de morts, l’éclat des couteaux ainsi que par les sons gutturaux et animaliers qui sortent des gorges et des ténèbres.

3) Il est vrai qu’on éprouve rarement un tel sentiment de surprise, de choc esthétique et culturel face à une pièce de danse. Reproduire le trouble qu’ont pu provoquer des œuvres-clé comme Le Sacre du printemps ou les pièces de Mary Wigman n’est pas une mince affaire. Ici, nous y sommes.

4) La multiplication des signes, de la monstruosité aux vanités, de la présence de la mort à l’animalité, convergent vers une humanité partagée et font resurgir les sphères refoulées. La portée anthropologique et philosophique de cette création dépasse l’ordinaire.

5) Le caractère non-identifiable des traditions convoquées pour ces danses ouvre vers une abstraction qui exclut tout exotisme primaire et renvoie le spectateur directement vers lui-même.

Des questions qui hantent (2014-2015)

Cependant, pour un sacre ultime et pour être vraiment monumental, il manque à Monument 0 une construction au-delà de la pure présence de ces fantômes des guerres d’un siècle. Et les questions qui se posent n’épargnent aucun domaine.

Avec cette approche méta-ethnique, nourrie des danses traditionnelles de plusieurs continents, faisons-nous face à la représentation d’un fantasme colonial ou à une exploration humaniste dans l’esprit universel d’un Jean Rouch ou d’un David Le Breton ?

Galerie photo : Ursula Kaufmann

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Quel contexte serait à créer pour que la dimension spectaculaire soit moins artificielle que dans une salle de théâtre où l’on sait d’avance qu’on est dans le signifiant, alors que ceux qui découvrirent l’altérité dans les expositions coloniales éprouvèrent un vrai choc du réel ?

Ces morts de guerres coloniales ou autres, ces êtres encore liés à un état radical de l’humanité dont nous voyons ici danser les fantômes, peuvent-ils nous interroger davantage sur notre vie actuelle ?

La traversée symbolique des traditions et des continents, portée par des chants polyphoniques divers, une idée des années 1980/90, n’est-elle pas aujourd’hui redondante ?

Si vers la fin, les uns et les autres des six danseurs époustouflants enfilent de simples t-shirts occidentaux, n’aurait-il pas été judicieux de créer un lien chorégraphique vers le krump, porteur contemporain des mêmes énergies ?

Mais ce ne sont là que des questions déclenchées par la traversée d’une vraie excitation esthétique et humaine, et quoi de mieux qu’une pièce sachant en soulever avec autant d’insistance ?

Thomas Hahn
Centre Pompidou, du 29 au 31 janvier 2015, à 20h30

 

Monument 0 : Hanté par la guerre (1913-2013)
Direction artistique : Eszter Salamon
Dramaturgie : Eszter Salamon, Ana Vujanović, Christophe Wavelet
Interprètes : Boglárka Börcsök, Ligia Lewis, João Mar­tins, Yvon Nana-Kouala, Luis Rodriguez, Corey Scott-Gilbert
Lumières : Sylvie Garot
Son : Wilfrid Haberey
Scénographie : Sylvie Garot, Thalie Lurault, Eszter Salamon
Costumes : Vava Dudu assistée d’Olivier Mulin

 

 

 

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