« Void Island » du collectif (La) Horde au festival Faits d’Hiver

On ne les avait pas encore vus comme ça, les « seniors ». Void Island commence par des tableaux sombres et brumeux, peuplés de figures mythologiques qui affrontent le temps en position de force. Héros, athlètes ou models, danseurs même.

Galerie photo : François Stemmer

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Énigmatiques et poétiques, les compositions de corps et de peinture, de noir et de brouillard nous transportent hors du temps. Les signes de l’âge disparaissent dans les énigmes des visages et des corps et des visages bleutés ou argentés. Ils sont cinq à troquer leurs habits contre un manteau de peinture.

 

 

(La) Horde pose le corps vieillissant comme « hétérotopie », en suivant Foucault dans sa réflexion sur ces lieux posés en marge d’une société donnée, qui pourtant en traversent l’imaginaire de façon souterraine, subtile et permanente.

L’aménagement des hétérotopies étant conditionné par le regard collectif, les chorégraphes (Arthur Harel, Céline Signoret) et les vidéastes plasticiens (Marine Brutti, Jonathan Debouwer) de (La) Horde s’emploient à le déstabiliser au maximum. En « sursignifiant » les marques du temps, ils brouillent les repères.

Galerie photo : Noémie Brottiau

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Topos ou chronos, l’un ne va pas sans l’autre. Selon Foucault, une hétérotopie est traversée par une hétérochronie. Le temps s’étire, s’arrête, s’annule. Chronos est mis en exil, les règles du jeu changent. Peut-on attribuer un âge à Sisyphe, à Prométhée, à ceux qui habitent les cimetières ?

Reste que le voyage vers cette île déserte et non signifiée (Void Island) met le cap sur un no-man’s land dramaturgique. La beauté des images ne maquille pas toujours l’absence d’un récit. Au final, c’est la performance elle-même qui constitue son histoire, en se créant une hétérotopie intérieure, un espace hors du temps spectaculaire.

 

 

Césure, pause, nettoyage des cinq corps peint. Douceur, chaleur, délicatesse. Les seize autres vont bientôt entrer en scène, façon Fashion Week, les cheveux teints d’un gris éclatant, comme pour répondre aux paillettes de leurs tenues de haute couture.

Voilà jeunesse et vieillesse « sursignifiées » en même temps, au même titre. Les corps passent de l’hétérotopie à l’utopie temporelle. Et on ne voit plus que les personnes, une vingtaine en tout, belle peuplade créant leur petite île hors du temps.

Thomas Hahn

28 janvier 2015, MPAA Saint-Germain dans le cadre du festival Faits d’Hiver

 

 

Void Island

Interprètes : Georgina Aguerre, Lucienne Asseraf, Florence Audouard-Thyrault, Annie Belet, Nadia Benmahidinne, Bénédicte Chamoun, Anne Compagnon, Pierre-Auguste Coudel, Anne-Marie Fernier, Jean-Marie Fernier, Michele Frontil, Muriel Galera, Michèle Ghazi, Isabelle Girard, Jacky Le Devehat, Sabrina Marsili, Jean Max Mayer, Véronique Roche, Eliane Thepot, Isabelle Toros, Marie-Noelle Trambouze, Sophie Zafari

Dramaturgie et mise en scène : Marine Brutti, Jonathan Debrouwer, Arthur Harel, Céline Signoret
Création sonore : Étienne Graindorge
Création Lumière : Manu Lebeau, Xavier Lemoine
Costumes : Laetitia Bech

Production : MPAA (Maison des Pratiques Artistiques Amateurs, établissement culturel de la ville de Paris) et (LA)HORDE.

 

 

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