La nouvelle saison de l’Opéra de Paris

La saison 2015-2016 de l’Opéra national de Paris s’ouvre avec 18 nouveaux spectacles, dont 11 chorégraphiques, avec un bel équilibre entre classique et contemporain, plus une belle surprise : la venue de William Forsythe en tant que chorégraphe associé au Ballet.

Après un hommage à ses prédécesseurs, particulièrement marqué en ce qui concerne Gérard Mortier et Brigitte Lefèvre, Stéphane Lissner a présenté la future saison 2015-2016 de l’Opéra de Paris, sous le slogan : Oser, Désirer, Frémir .

 

FACADE3

Oser. « En tant de crise, il faut une politique volontariste de production. Face au repli sur soi ou à la tentation d’un nationalisme artistique, on doit prendre le problème autrement, être volontaires dans ces moments-là » a clairement affirmé Stéphane Lissner. Et, pour couper court aux questions qui pourraient se poser sur l’équilibre budgétaire il a souligné que : « Produire, c’est générer de la croissance et de la richesse. Quand vous créez, vous produisez plus de spectacles, vous élargissez énormément le public. Car, encore une fois, vous ne faites pas que des reprises que les gens ne viennent pas voir deux fois. Vous convainquez les mécènes, vous leur proposez des projets, des nouvelles productions car les mécènes financent des projets artistiques et non pas des institutions. C’est l’image que vous donnez à l’étranger de l’Opéra de Paris. Car les grands artistes viennent sur de grands projets. Nous avons besoin de dégager cette force pour donner cette image-là. C’est notre posture, une position claire et déterminée pour le lyrique et le ballet. »

Il a ajouté que ce projet, mis au point en collaboration avec Philippe Jordan, directeur musical, et Benjamin Millepied, directeur de la danse, concernait les six années à venir,

Ce seront donc dix-huit nouveaux spectacles (contre quatorze reprises) qui seront à l’affiche de cette saison à venir. Et qu’il cherchait « l’unité de cette maison entre la musique et la danse, entre les institutions que sont Bastille, Garnier et l’Ecole de danse qui doit aussi être symbolisé. »

 

Désirer. Ayant rappelé qu’il avait choisi Benjamin Millepied pour la réflexion qu’il avait développé sur l’importance de la musique, il a insisté sur une « idée folle développée ces deux dernières années » autrement dit, la soirée 1892, qui réunit l’opéra Iolanta et Casse-Noisette de Tchaïkovsky, découpé en cinq séquences pour cinq chorégraphes (Sidi Larbi Cherkaoui pour « la Scène de la nuit », Edouard Lock pour les « Divertissements », Benjamin Millepied pour « la Valse des fleurs » et le « Pas de deux final », Arthur Pita pour  « la scène initiale de la soirée de Noël » et Liam Scarlett pour la « Valse des flocons » et le « Royaume des délices ») et qui réunit « toutes les forces de la maison » y compris l’École de danse, tout ce petit monde placé sous la direction du metteur en scène Dmitri Cherniakov.

Et qui mieux qu’Anne Teresa De Keersmaeker pouvait illustrer l’importance des relations entre la danse et la musique ? On aura donc la chance de revoir à l’Opéra La Nuit transfigurée sur la partition de Schönberg que Stéphane Lissner avait déjà programmée (avec la compagnie Rosas) en 1995 au Châtelet, mais aussi le Quatuor N° 4 de Bartok et la Grosse fugue sur l’œuvre éponyme de Beethoven.

Par ailleurs, Rosas sera compagnie invitée pour une « chorégraphie exposition » au Centre Georges Pompidou. « C’est un projet, a précisé Anne Teresa De Keersmaeker, qui a comme point de départ la musique de Gérard Grisey, Vortex Temporum. Mais à la suite de la collaboration avec Bojena Cvejić j’ai beaucoup réfléchi à ce qui se passe quand on pense écriture pour l’espace et le temps d’un musée. C’est une écriture chorégraphique qui travaille sur la durée et qui ne sera pas celle d’une spectacle mais une exposition avec des danseurs. » Elle durera neuf jours et la durée initiale du ballet (Vortex Temporum) s’étirera sur un cycle de dix heures. « Avec, bien entendu, de la musique « live » » en l’occurrence les musiciens du Groupe Ictus.

 

Stéphane Lissner, Philippe Jordan et Benjamin Millepied ((c) Elisa Haberer

Stéphane Lissner, Philippe Jordan et Benjamin Millepied ((c) Elisa Haberer

 

Benjamin Millepied, a rappelé que selon lui « l’art du ballet a toujours été lié à la musique. Les danseurs apprennent une technique, une gestuelle du corps qui s’expriment sur une partition spécifique. Le thème de ma première saison mettra l’art chorégraphique à la hauteur des partitions que j’ai choisies. C’est pourquoi j’ai convoqué de grands chorégraphes d’aujourd’hui pour mettre en place une architecture, un espace complexe, car c’est la musique qui a toujours fait avancer la chorégraphie. »

Au menu, donc, outre les productions déjà citées l’entrée au répertoire de Polyphonia de Christopher Wheeldon sur des musiques de Györgi Ligeti, une création sur Anthèmes II de Pierre Boulez pour célébrer les 90 printemps du compositeur, et la reprise du Sacre de Pina Bausch. Mais aussi une création de Justin Peck sur le Concerto pour deux pianos et orchestre en ré mineur de Francis Poulenc, Les Variations Goldberg de Bach chorégraphiées par Jerome Robbins, et Seven Sonatas d’Alexei Ratmansky sur les sonates de Domenico Scarlatti…

Mais c’est aussi l’histoire de la danse que Benjamin Millepied a dans son viseur. Le Gala d’ouverture (très américain dans sa conception) sera composé de Thèmes et Variations de Balanchine, « l’un des ballets les plus difficiles du répertoire classique » et d’une création de Benjamin Millepied qui sera un hommage à l’histoire de ce théâtre qui part de l’âge baroque et de la danse du XVIIe siècle pour arriver à ses prolongements les plus actuels sur une partition de Nico Muhly « sans les Étoiles ni les Premiers danseurs pour mettre en avant la jeunesse afin de donner aux artistes des éléments spécifiques, par exemple le besoin de travailler les pointes et les sauts ». Et surtout, surprise, un Défilé du Corps de ballet sur une nouvelle musique, « l’Entrée des Convives » de Tannhäuser de Richard Wagner au lieu de La Marche des Troyens de Berlioz.

Un souci de « stimuler la technique classique » et de l’innovation  fera se rencontrer dans un même programme Jerome Robbins et Jérôme Bel «  car son interrogation sociale au sein de notre établissement m’a donné envie de dialoguer avec lui » ou Boris Charmatz, convié à à faire le tour de l’histoire de la danse du XXe siècle avec son 20 danseurs pour le XXe siècle qui invitera les spectateurs à une promenade dans les espaces publics du Palais Garnier investis par les danseurs du Ballet pour montrer les grands solos qui ont marqués cette époque, dans « une véritable volonté de confronter le public à la danse d’une autre manière. » Enfin, Maguy Marin « très importante pour moi, car la grande Dame de la chorégraphie française » reviendra après plus de 20 ans d’absence, avec Les Applaudissements ne se mangent pas.

Ce programme sera complété par les très classiques Bayadère et Roméo et Juliette de Rudolf Noureev, Giselle et la présentation de l’École de danse, ainsi que par trois compagnies invitées : La Batsheva Dance Company, L’English National Ballet et la Compagnie Rosas déjà citée.

« Le point important, précisera encore Benjamin Millepied, est que le Ballet comprend 154 danseurs et il est extrêmement difficile de faire en sorte que chacun de ces danseurs arrivent au bout de leur potentiel. Le choix du répertoire fait en sorte de leur donner une opportunité d’expression qui leur permette de solliciter ce potentiel. ». Étant en cela dans une sorte de continuité de la programmation qu’avait mise en place Brigitte Lefèvre, même si on distingue une touche Millepied dans un choix sans doute plus anglo-saxon (Weeldon, McGregor et Peck), avec un fort accent américain puisque Robbins et Balanchine seront présents dans trois programmes différents.

 

Frémir. Mais la grande annonce de cette présentation de saison est sans conteste celle de l’arrivée de William Forsythe comme chorégraphe associé. Outre la soirée complète qui assemble une création sur une partition de James Blake, une nouvelle version d’Approximate Sonata (1996) et l’entrée au répertoire de Of any if and, il sera présent huit semaines par an et inaugurera le grand projet de l’Académie de chorégraphie voulue par Benjamin Millepied et Stéphane Lissner qui avait déjà accueilli Forsythe en résidence au théâtre du Châtelet. « Chorégraphier s’apprend, affirme Benjamin Millepied, comme on apprend la composition musicale, l’analyse. Bénéficier de la présence de William Forsythe qui a un vrai désir de transmettre est une chance, qui a correspondu à un timing idéal, c’est-à-dire avoir pu lui proposer une maison pour échanger et propager son savoir au moment où il quittait Francfort. »

 

L’Académie de l’Opéra national de Paris

Son ambition est d’être un pôle de transmission au cœur de l’Opéra. Deux grands axes structurent ses missions, l’éducation artistique et la formation professionnelle de jeunes artistes en résidence.

Avec Philippe Jordan et Benjamin Milleped deux artistes participeront à la formation de jeunes artistes en résidence, outre l’Atelier Lyrique déjà en place, Renaud Capuçon (pour la musique) et bien sûr William Forsythe pour la danse. Dans cette Académie chorégraphique, cinq jeunes dont deux de l’extérieur vont pouvoir suivre un cursus de deux ans.

 

Place aux nouveaux publics

Avec sa volonté affichée de toucher de nouveaux publics, Stéphane Lissner a mis en place de nouvelles initiatives pour favoriser l’accès de l’Opéra à ceux qui en sont exclus.

Ainsi 25 000 places à 10 € seront réservées aux moins de 28 ans (en lien avec des associations) pour 13 avant-premières (5 ballets et 8 opéras). Le projet de Boris Charmatz sera diffusé dans le cadre d’une billetterie de 1000 places par jour à un tarif de 15 €.

Enfin, l’ouverture d’une « troisième scène » soit une vraie plate-forme numérique Opéra de Paris proposera une scène virtuelle rassemblant toutes sortes d’artistes (cinéastes, peintres, créateurs de BD, sculpteurs…) en plus de la musique et la danse qui occuperont une place significative. Elle sera lancée le 15 septembre prochain.

Il s’agit d’anticiper l’avenir, parce qu’il s’agit selon Stéphane Lissner « de parler aux nouvelles générations et de les convaincre. Il faut le faire avec les interlocuteurs avec qui elles sont déjà en contact ». on pourra notamment y voir 17 films réalisés par Benjamin Millepied et une présentation des 120 métiers de l’Opéra de Paris.

Agnès Izrine

En savoir plus :

Stéphane Lissner, Philippe Jordan et Benjamin Millepied présentent la saison en direct depuis l’Opéra Basielle, dimanche 8 février à 10h30 sur www.operadeparis.fr et www.medici.tv

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :