« Giselle » par le Ballet de la Scala de Milan

Milan n’est pas bien éloignée de Paris, et pourtant, la venue des danseurs de la Scala de Milan sur les bords de Seine est rarissime. La dernière fois, c’était en 2002, lorsque la troupe était venue montrer à l’Opéra de Paris une curiosité détonnante, un ballet centenaire faramineux qu’elle est la seule à donner, du nom d’Excelsior. On avait apprécié l’ampleur des scènes et des décors, (le livret glorifiait entre autre l’arrivée de l’électricité) mais pas eu le souvenir que la compagnie était constituée de danseurs de très haut niveau.

Excelsior, pour les amateurs !


Ce ne fût pas le cas cette fois-ci, avec ce ballet de la Scala saison 2015, venu au Palais des Congrès  avec le bien facile Giselle. Facile ? Pas tant que cela, car on est resté stupéfait de découvrir que la salle n’était qu’à moitié pleine. Pourtant, les couloirs du métro ont regorgé d’affiches de pubs durant plusieurs semaines pour la venue de la Scala. Il faut croire que les balletomanes ne prennent pas le métro… Or, il y avait dans cette distribution, une pépite en or massif : Svetlana Zakharova, étoile du Bolchoï de Moscou mais aussi de la Scala depuis 2007.

Galerie photo : Francette Levieux

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« La » Zakharova est une magicienne, capable de s’effacer derrière son corps pour le laisser exprimer pleinement la narration de l’ouvrage. Avec elle, une main parle. Un port de tête signifie une chose précise. Un port de bras exprime une douleur ou une joie. Et tant pis si, curieusement, son visage parfait n’est pas si expressif. Car son corps l’est, et c’est ce qui fait la joie de la voir danser. D’autres lui reprochent de profiter de sa souplesse (une autre de ses incroyables qualités), pour se laisser aller à des développés à la seconde qui atteignent l’oreille, et des arabesques penchées dont le pied situé en l’air dépasse le point d’équilibre du  pied au sol. C’est une hérésie, en ce qui concerne le ballet romantique, c’est vrai. Mais à Svetlana Zakharova, on pardonne beaucoup, parce que l’ensemble est d’une beauté à retenir son souffle.  Son coup de pied est affolant, ses petits sauts sont un simple envol, la pureté de son visage est étonnant.

Galerie photo : Francette Levieux

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Lorsqu’elle entre en scène, ouvrant la porte de sa chaumière suite aux six coups frappés par le prince, on y voit d’un coup toute une naïveté comme si celle qui a du danser  Giselle une bonne centaine de fois et n’a plus son âge, la dansait pour la toute première fois. Le moindre détail, chez elle, est étudié. Lorsque le prince Albrecht s’adresse à elle, elle baisse toujours la tête, nous rappelant à sa condition modeste de paysanne. Lorsqu’elle caresse la traîne de la princesse Bathilde, elle s’étonne encore de la douceur du tissu.

 

Galerie photo : Francette Levieux

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Et si sa scène de la folie est restée très intériorisée, cela avait son charme aussi. Pas d’excès trop Bolchoï (on n’oublie pas que la Zakharova, toute starine du Bolchoï qu’elle est, a fait ses classes à la Vaganova puis au Mariinsky de Sait-Pétersbourg), juste une lente perte des réalités la menant à la perte de la vie. Il faut dire qu’elle avait face à elle, un prince Albrecht de toute beauté. Et il faut du talent, pour être à la hauteur du sien.

 

Galerie photo : Francette Levieux

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Paris a découvert Friedemann Vogel, danseur star en Allemagne (il est étoile au Ballet de Stuttgart) ainsi qu’en Russie (il est étoile invité au Mikhailovsky Ballet de St Petersbourg) , et danseur vénéré au Japon où il fait de nombreuses tournées. Ce garçon au visage carré peu banal et qui n’a rien d’un éphèbe, se révèle avoir une danse magnifique. Il n’ a pas seulement un coup de pied parfait, une petite batterie impeccable, il a aussi l’art de mettre les accents sur un pas qui va faire toute la différence, l’art de tenir un développé à la seconde durant une éternité précieuse. Sans compter sa théâtralité : dès son arrivée en scène, on comprend que l’on a affaire à un noble un peu volage et immature, qui courtise la jeune paysanne avec un semblant d’élégance troublant.

Galerie photo : Francette Levieux

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Et mieux encore, il y a l’addition de ces deux talents ; entre Vogel ( «oiseau » en allemand,  un nom prédestiné pour un danseur) et Zakharova, on découvre l’adéquation parfaite de ce couple de scène aux proportions idéales, aux mêmes lignes de fuite donnant l’impression qu’ils ne forment plus qu’un.

 

Galerie photo : Francette Levieux

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Il faut avoir vu leur deuxième acte, qui fût une vraie merveille. Elle, immatérielle et désincarnée, et lui, envoutée comme nous par cette vision insaisissable, la soulevant de terre comme on emporterait une plume…. On a vu de nombreuses fois Giselle, mais dansée ainsi, rarement. D’autant que, comme souvent lorsque les deux solistes sont en état de grâce, le corps de ballet l’était aussi dans le deuxième acte.

 

Galerie photo : Francette Levieux

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Ces Wilis de la Scala formaient un ensemble éminemment romantique, avec des ports de bras somptueux à la russe, ce qui ne saurait surprendre puisque le directeur de la compagnie italienne depuis 2009 n’est autre que Makhar Vaziev, qui dirigeait auparavant… le ballet du Mariinsky de Saint-Pétersbourg. En cinq ans, on voit les fruits de son travail, dans cette Giselle très pure version Yvette Chauviré, qui a peut-être 50 ans d’âge, mais qui ne les faisait pas, chef d’œuvre intemporel dès lors qu’il est dansé avec génie.

Ariane Dollfus
Palais des Congrès de Paris Du 31 janvier au 8 février 2015.

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