Musique et danse à l’Opéra de Paris

Rebaptisée Salon Musical, cette soirée confiée aux jeunes chorégraphes, jeunes danseurs et jeunes instrumentistes maison a été une belle surprise.

 

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Programmée initialement par Brigitte Lefèvre depuis plusieurs années, cette idée a été saluée à sa juste valeur par Benjamin Millepied, venu lui-même la présenter sur la scène du Palais Garnier. Faisant remarquer que la « tradition de l’Opéra de Paris, était aussi d’avoir des chorégraphes qui créaient sans cesse pour le ballet et l’opéra » il a également fait remarquer en s’inspirant du proverbe (C’est en forgeant…) comme Queneau dans Exercices de styles[1], que c’est en chorégraphiant – beaucoup – que l’on devenait chorégraphe. Et de lancer auprès du public son idée d’Académie chorégraphique qui va démarrer dès septembre 2015.

Toujours est-il que cette soirée était très réussie et démontrait, pour ceux qui en douteraient, que l’Opéra de Paris regorge en son sein de talents chorégraphiques à développer. Notons aussi que toute cette soirée était placée sous l’égide de deux compositeurs seulement, Philipp Glass et John Cage. Est-ce là une volonté de Benjamin Millepied ? Il le semblerait, comme l’indique à mi-mots le programme.

 

C’est Allister Madin qui ouvrait le programme avec un très joli trio, de facture abstraite, Heures Dansantes, superbement accompagné par la percussionniste Tsuey-Ying Tai, suivi par Tissues /1-2-6-7 de Simon Valastro, une pièce plutôt narrrative extrêmement bien menée avec des danseurs sachant développer avec finesse les caractères de personnages ambigus. Eve Grinstajn est absolument parfaite dans son rôle de femme empesée dans les convenances, mais ses partenaires sont très largement à la hauteur.

Merrymaking d’Yvon Demol sur In a landscape de John Cage montrait un langage chorégraphique parfaitement maîtrisé mais c’est Amores, toujours sur John Cage qui a emporté l’adhésion, avec ses quatre mouvements confiés à quatre chorégraphes différents – un souhait de Benjamin Millepied, qui voulait amorcer le travail d’une œuvre collective. Le premier mouvement chorégraphié par Sébastien Bertaud, s’amusait à faire danser les percussionnistes Tsuey-Ying Tai et Jean-Baptiste Leclère dans un Pas de deux savoureux. Le deuxième mouvement confié à Simon Valastro était une sorte de démonstration un peu ironique de l’école classique avec une Emilie Hasboun un peu empêtrée en tutu blanc et les poses très plastiques d’Aurélien Houette. Le troisième mouvement signé Allister Madin faisait apparaître en ombre la perfection toute classique de Lucie Fenwick, mais le morceau le plus surprenant était celui de Bruno Bouché qui, dans le quatrième mouvement, a inventé une sorte de chasse burlesque sur la banquise entre un ours blanc armé d’un fusil et un pingouin qui traverse le plateau en skate board.

Les deux dernières pièces, Mad Rush de Sébastien Bertaud et Dance Music 3-2-1 de Bruno Bouché étaient deux chorégraphies déjà très abouties.

Mad Rush, chorégraphié sur une partition de Glass jouée à la harpe, faisait miroiter l’espace grâce à sa structure complexe, magnifiquement servie par les danseurs qui l’interprétaient. La gestuelle s’accordait à une belle musicalité de chacun des interprètes et l’idée de prendre une musique répétitive pour développer le vocabulaire classique et le pousser dans ses retranchements était excellente.

Dance Music /3-2-1 de Bruno Bouché était brillamment construit sur la musique pour percussions et piano préparé de John Cage. Mais peut-être a-t-il été un peu trop attaché à la structure musicale pour donner libre cours à son imaginaire… Dont on a pu mesurer la fantaisie dans Amores.

Les musiciens étaient remarquables, et la collaboration très bien menée.

 

Agnès Izrine. NB : impossible d’avoir des photos pour illustrer cette soirée !!

1er mars 2015, Opéra de Paris, salle Garnier

 

Salon Musical : Musique et Danse
Heures dansantes

chorégraphie : Allistair Madin
musique : Philip Glass

Danseurs : Eleonore Guerineau, Juliette Hilaire, Camille de Bellefon

Marimba : Tsuey-Ying Tai
Tissues / 1-2-6-7
chorégraphie : Simon Valastro
musique : Philip Glass

Danseurs : Eve Grinsztajn, Valentine Colasante, Aurélien Houette, Axel Ibot, Adrien Couvez, Hugo Vigliotti, Pablo Legasa
Percussions Nicolas Lethuillier, Violoncelle : Yoori Lee, Harpe : David Lootvoet
Marrymaking
chorégraphie : Yvon Demol
musique : John Cage

Danseurs : Laurène Lévy, Jennifer Visocchi, Germain Louvet, Daniel Stokes

Harpe : David Lootvoet
Amores
chorégraphies : Sébastien Bertaud, Simon Valastro, Allistair Madin, Bruno Bouché, musique : John Cage

Danseurs : 1/ Tsuey-Ying Tai et Jean-Baptiste Leclère, piano Jean-Yves Sébillotte 2/ Emilie Hasboun et Aurélien Houette, Percussions : Philippe Poncet, Jean-Baptiste Leclère, Christophe Vella 3/ Lucie Fenwick, Percussions : Philippe Poncet, Jean-Baptiste Leclère, Christophe Vella, 4/ Aurélien Houette, Cyril Choukroun, Alexandre Carniato, Bruno Bouché, piano Jean-Yves Sébillotte
Mad Rush
chorégraphie : Sébastien Bertaud
musique : Philip Glass

Danseurs : Hannah O’Neill, Letizia Galloni, Charlotte Ranson, Germain Louvet, Hugo Marchand, Jeremy-Loup Quer, Harpe : David Lootvoet
Dance Music / 3-2-1
chorégraphie : Bruno Bouché
musique : John Cage

Danseurs : Séverine Westeran, Marion Barbeau, Aurélien Houette, Alexis Renaud, Mickaël Lafon, Alexandre Carniato, Cyril Choukroun

Percussions : Philippe Poncet, Jean-Baptiste Leclère, Christophe Vella, Tsuey-Ying Tai, Nicolas Lethuillier, piano Jean-Yves Sébillotte.

[1]« C’est en écrivant qu’on devient… écriveron »

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