« Los Pájaros Muertos » de Marcos Morau

Los Pájaros Muertos (Les oiseaux morts) de Marcos Morau ouvraient cette 18e Biennale de la danse du Val-de-Marne. Le titre fait référence au tableau éponyme de Pablo Picasso, et, d’une manière plus générale, à l’artiste lui-même et à son univers.

Noir. Très noir. Comme les robes des femmes, comme la soutane des curés, comme les deuils et les enterrements, comme le fascisme sous Franco, comme les traits de la peinture espagnole, comme l’œil de Picasso.

Galerie photo : Laurent Philippe

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Dans ce décor sombre, où seuls vacillent quelques lumignons, c’est une femme, profondément espagnole qui entre, poussée dans un fauteuil roulant. Tout y est. La mantille, le cigare, le drame, la mort. Et puis, ce regard sévère et flamboyant, cette raideur du corps et de l’attitude qui disent tout de suite le désir rance, la frustration, le poids de la religion. Une autre Bernarda Alba, infirme cette fois.

Galerie photo : Laurent Philippe

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Bientôt apparaît une curieuse procession d’hommes et surtout de femmes, à la fois hâtive et solennelle, dont s’échappent bientôt des gestes de désespoir, de contrition, puis peu à peu des torsions et des scansions. Chacun porte un brassard aux couleurs de l’Espagne, et ce seul accessoire fait déjà froid dans le dos. Tout comme les écharpes rouge et or qui étalent le pouvoir à même les corps. Soudain, une Mercedes corbillard apparaît sur le plateau, et avec elle, le spectacle prend alors toute sa dimension surréaliste qui le raccorde à l’humour noir d’un Buñuel mais aussi au burlesque du Picabia (grand ami de Picasso) d’Entracte.

Galerie photo : Laurent Philippe

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Cette vision satirique d’un univers où la méchanceté et la noirceur bafouent sans cesse une vitalité érotique, se double d’une vision poétique, et l’insolite affleure à chaque détour. C’est la signature de Marcos Morau. Mais ce chorégraphe refuse les facilités mais joue sur les artifices. Les images sont apprêtées, complexes, irriguées de significations contradictoires. Mais la poésie naît d’un simple geste, d’un rapport entre les corps, les personnages, d’une opposition entre les plans. C’est ce qui donne à la chorégraphie de la vigueur, de l’ampleur.

Galerie photo : Laurent Philippe

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La gestuelle est forte, suggestive, et porte en elle une sorte de tragi-comique qui, par moment n’hésite pas à jouxter le kitsch, avec les tonitruances de l’orchestre d’Harmonie La Lyre de Fontenay-sous-Bois dirigé par Jackie-Yves Crié, les déformations extrêmes des visages, les simagrées religieuses, ou ces motocyclistes nus qui traversent le plateau au son de La Marseillaise en brandissant le drapeau français.

Galerie photo : Laurent Philippe

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Les artistes crient les noms des artistes de l’avant-garde du XXe siècle, mêlés au tyrans fascistes – ce qui noie un peu le propos, soit dit en passant – un peu comme chez Jan Fabre. C’est impressionnant en soi, mais sans doute moins subtil que le reste de la pièce.

 

 

Par contre, le travail sur le groupe, sur les éclairages qui prennent toutes les nuances de la palette hispanique, des clairs-obscurs à la Goya aux à-plats cubistes de Picasso.

Galerie photo : Laurent Philippe

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Au final, l’évocation de la Guerre d’Espagne et ses conséquences ultérieures est une réussite. Les étudiants de l’Ecole nationale des arts du crique de Rosny-sous-Bois, sont exceptionnels, ils ont su s’intégrer dans cette fresque au point que l’on a du mal à les distinguer des danseurs de La Véronal.

Ces Pájaros Muertos aux ailes brisées campent avec force un moment de l’histoire et l’engagement de Pablo Picasso pour la liberté.

Agnès Izrine

Le 5 mars 2015, Biennale de danse du Val-de-Marne, Espace Jacques-Brel de Fontenay-sous-Bois

Distribution

Chorégraphie Marcos Morau
Interprètes Cristina Facco, Laia Duran, Diana Huertas, Anna Hierro, Lorena Nogal, Cristina Goni, Marina Rodriguez, Inma Asensio, Sau Ching Wong, Manuel Rodriguez
Dramaturgie Tanya Byeler, Pablo Gisbert
Assistant chorégraphie Inma Asensio
Eclairage et scénographie Enric Planas
Musique Ravel,Bolero , Ampparito Roca, Suspiros de espana, El Gato Montès

Avec la participation d’étudiants de l‘Ecole Nationale des Arts du cirque de Rosny-sous-Bois et des musiciens de l’Orchestre d’Harmonie La Lyre de Fontenay-sous-Bois

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